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Question: Qu’est‑ce qu’une infraction sexuelle?

Une infraction sexuelle est un acte sexuel illégal commis sans le consentement de l’autre. N’importe qui (un enfant ou un adulte) peut en être victime. Il peut s’agir d’un contact physique (p. ex. agression sexuelle), d’un acte non physique (p. ex. exposer ses organes génitaux sans le consentement de l’autre), ou encore d’un comportement en ligne (p. ex. accès à des matériels d’exploitation sexuelle des enfants, souvent appelés pornographie juvénile, ou partage d’images sexuelles privées sans consentement).

Question: L’abus sexuel des enfants est-il fréquent?

Au Canada, 55% des infractions sexuelles sont commises contre des enfants et des adolescent.e.s de moins de 18 ans1. Hélas, un grand nombre de cas d’abus sexuel survenus pendant l’enfance ne sont jamais signalés. Environ 93% des cas d’abus sexuels et physiques d’enfants ne sont signalés ni à la police ni aux services de protection de l’enfance2.

Question: Qui abuse sexuellement des enfants? Les hommes ou les femmes?

Les données canadiennes semblent indiquer que 97% des infractions sexuelles contre les enfants et les adolescent.e.s sont commises par des hommes et des adolescents1. Un certain nombre de femmes et d’adolescentes commettent elles aussi des infractions sexuelles, y compris contre des enfants. Par exemple, 12% des personnes victimes d’un abus sexuel signalent que la personne coupable est une femme ou une adolescente, bien que ces dernières ne représentent que 2% des infractions sexuelles signalées à la police3. Ces chiffres indiquent que les infractions sexuelles commises par des femmes et des adolescentes ne sont pas suffisamment signalées à la police. Nos services sont offerts à tous ceux et celles qui cherchent de l’aide pour prévenir des abus.

Question: La personne la plus susceptible d’abuser sexuellement d’un enfant est‑elle inconnue de la victime?

Au Canada, 88% des abus sexuels contre les enfants et les adolescent.e.s sont commis par une personne qui n’est pas inconnue de la victime1. Cela veut dire que les enfants risquent davantage d’être victimes de violence sexuelle de la part d’une personne qu’ils connaissent, en qui ils ont confiance et qu’ils aiment. Tout comme il est important de parler aux enfants et aux adolescent.e.s de ce qu’ils doivent faire si quelqu’un qu’ils ne connaissent pas transgresse une limite sexuelle, il est important de leur parler de ce qu’ils doivent faire s’il connaissent la personne.

Question: Les garçons sont‑ils aussi victimes d’abus sexuel?

Les garçons aussi bien que les filles peuvent devenir victimes d’abus sexuel. Dans le monde, 18% des filles et 8% des garçons subissent des sévices sexuels4. Au Canada, ce sont 12% des filles et 4% des garçons qui disent avoir été victimes d’un abus sexuel5. Il est important de comprendre que n’importe qui peut être victime d’abus sexuel, et que nous devons créer des espaces sécuritaires où les enfants victimes peuvent demander de l’aide.

Question: Les infractions sexuelles sont‑elles toutes commises par des adultes?

Les enfants peuvent être victime de violence sexuelle de la part d’un adulte, d’un pair ou d’autres enfants. Les données canadiennes semblent indiquer que 30% des abus sexuels d’enfants sont commis par des adolescent.e.s de moins de 18 ans1. Ces chiffres donnent à penser qu’un aspect important de la prévention est d’inculquer aux enfants et aux adolescent.e.s des connaissances sur les limites sexuelles, le consentement et une sexualité saine.

Question: Le taux d’abus sexuel d’enfants est‑il à la hausse dans notre société?

Le taux d’abus sexuel est à la baisse depuis les années 19906. Bien que les infractions sexuelles avec contact physique aient diminué, le nombre de personnes qui accèdent en ligne à des matériels d’exploitation sexuelle des enfants (appelés collectivement «pornographie juvénile» selon la loi canadienne), quant à lui, a augmenté. Entre 2006 et 2016, au Canada, on a enregistré une augmentation de 233% de l’utilisation de matériels d’exploitation sexuelle des enfants en ligne7. Certains s’inquiètent d’une augmentation des abus sexuels d’enfants, tant en ligne qu’hors ligne, pendant la pandémie de COVID-19. Europol8, un organisme d’application de la loi de l’Union européenne, signale une augmentation du nombre de personnes qui accèdent à un contenu d’exploitation sexuelle des enfants bloqué. Il faut mener davantage de recherches pour savoir si la pandémie a eu un impact sur les taux d’abus sexuel d’enfants, et si ces taux ont changé de façon significative par rapport aux dernières décennies.

Question: Est‑ce que toutes les personnes qui ont commis une infraction sexuelle récidivent?

En moyenne, le taux de récidive sexuelle est de 14%. Autrement dit, sur environ 100 personnes ayant commis une infraction sexuelle, 14 récidiveront9. Souvent, on pense «agresseur sexuel un jour, agresseur sexuel toujours»; cependant, plus une personne ayant commis une infraction sexuelle passe de temps dans la collectivité sans récidiver, moins il y a de chances qu’elle récidive10. Ces données indiquent qu’un grand nombre de personnes ayant commis une infraction sexuelle parviennent à bien vivre sans récidiver après avoir purgé leur peine.

Question: Peut‑on aider les personnes qui ont commis une infraction sexuelle en leur faisant suivre un traitement?

Les personnes qui ont commis une infraction sexuelle peuvent modifier leur comportement. Il existe des traitements efficaces qui peuvent réduire le risque de récidive sexuelle, et des moyens d’augmenter au maximum l’efficacité de ces traitements11. Un traitement efficace commence par l’évaluation de la personne par un.e professionnel.le dûment formé.e. Le traitement atteint son efficacité maximale lorsque sa fréquence, son contenu et son application correspondent au plus près au profil de la personne d’après son évaluation11.

Question: Toutes les personnes qui ont commis une infraction sexuelle contre un enfant ont‑elles les mêmes motifs?

Les motifs des infractions sexuelles, y compris celles qui sont commises contre les enfants, sont complexes12. Les personnes qui en commettent n’ont pas toutes les mêmes motifs. Il est important de comprendre ces différences si nous espérons mettre au point des mesures de prévention qui s’attaqueront aux causes profondes des infractions sexuelles contre les enfants.

Question: Toutes les personnes qui ont commis une infraction sexuelle contre un enfant sont‑elles des pédophiles?

Une infraction sexuelle contre un enfant et la pédophilie sont deux phénomènes différents. Une infraction sexuelle contre un enfant est un comportement, tandis que la pédophilie est un intérêt sexuel envers les enfants. De 50 à 60% des adultes qui commettent une infraction sexuelle contre un enfant ont un intérêt sexuel envers les enfants. Les personnes qui commettent ce genre d’infraction peuvent avoir des motifs autres qu’une attirance sexuelle pour les enfants, par exemple, une préoccupation sexuelle, de l’impulsivité ou un comportement antisocial12. Même si une personne qui éprouve un intérêt sexuel envers les enfants commet une infraction sexuelle, d’autres facteurs peuvent influencer son acte. Nous devons aborder l’ensemble de ces facteurs si nous espérons prévenir les infractions sexuelles contre les enfants.

Question: Toutes les personnes qui ont un intérêt sexuel envers les enfants ont‑elles besoin d’une thérapie pour prévenir une récidive?

On reconnaît de plus en plus l’existence de personnes qui, en dépit de leur attirance sexuelle pour les enfants, se sont engagées à ne jamais commettre d’infraction sexuelle13. Certaines d’entre elles disent qu’elles réussissent dans leur vie et qu’elles n’ont aucun besoin de services de santé mentale. D’autres veulent trouver des services de santé mentale pour les aider à gérer leur intérêt sexuel envers les enfants ou pour d’autres raisons (p. ex. dépression ou anxiété). Les personnes qui ressentent une attirance sexuelle pour les enfants connaissent de grandes difficultés lorsqu’elles tentent d’accéder aux services de santé mentale, quel que soit le type de service. Notre programme vise à faciliter cette recherche d’aide et de soutien.

Question: Est‑ce un gaspillage de temps et de ressources de tenter d’aider les personnes qui ont peur de commettre une infraction sexuelle?

Le but des programmes de prévention (dont le nôtre) est d’empêcher l’abus sexuel d’enfants. Trop souvent, une aide professionnelle est offerte seulement après l’abus. Il existe un grand nombre d’excellents programmes et ressources dont l’objectif est d’aider les enfants (et leurs fournisseurs de soins) à identifier et à signaler les comportements gênants ou abusifs. Notre programme vise à soutenir et à aider les personnes préoccupées par leurs propres pensées, sentiments ou comportements à reprendre le contrôle de leurs actes afin de prévenir les abus.

Question: Les personnes qui risquent d’abuser sexuellement des enfants devraient‑elles être exclues de la société afin de protéger les enfants?

La volonté de protéger les enfants est tout à fait compréhensible. Parfois, cette volonté s’accompagne d’une conviction que certaines personnes doivent être exclues de la société. Mais de tels préjugés peuvent eux aussi augmenter les risques de danger pour les enfants dans nos collectivités, et ce de plusieurs façons. Une personne qui risque d’abuser des enfants peut ne pas vouloir chercher un traitement par crainte qu’un.e thérapeute la signale à la police ou à un organisme de protection des enfants (même lorsqu’il n’y a aucune raison de le craindre). S’ajoute à cela le stress qu’entraînent les préjugés à son égard, stress qui peut l’inciter à réagir d’une manière qui augmente le risque qu’elle commette une infraction (p. ex. usage d’alcool ou de drogue, sentiment d’instabilité émotionnelle, isolement, etc.)13, 14, 15, 16. Ainsi, la stigmatisation peut effectivement augmenter le risque qu’une personne commette une infraction en lui causant davantage de problèmes, et ces problèmes deviennent aussi des facteurs de risque d’infraction sexuelle.

Références

1. Cotter, A. et P. Beaupré. « Les infractions sexuelles commises contre les enfants et les jeunes déclarées par la police au Canada, 2012 », Juristat (2014). Consulté sur : www150.statcan.gc.ca/n1/pub/85-002-x/2014001/article/14008-fra.htm

2. Burczycka, M. et S. Conroy. « La violence familiale au Canada : un profil statistique, 2015 », Juristat (2017). Consulté sur : www150.statcan.gc.ca/n1/fr/pub/85-002-x/2017001/article/14698-fra.pdf?st=Ut_Vx5nk

3. Cortoni, F., K.M. Babchishin et C. Rat. « The proportion of sexual offenders who are female is higher than thought: A meta-analysis », Criminal Justice and Behavior, vol. 44, no 2 (2016), p. 145–162.

4. Stoltenborgh, M., M.H. van Ijzendoor, E.M. Euser et M.J. Bakermans-Kranenburg. « A global perspective on child sexual abuse: A meta-analysis of prevalence around the world », Child Maltreatment, vol. 16, no 2 (2011), p. 79-101. doi: 10.1177/1077559511403920

5. Burczycka, M. « Section 1: Profile of Canadian adults who experienced childhood maltreatment », Juristat (2015). Consulté sur : www150.statcan.gc.ca/n1/pub/85-002-x/2017001/article/14698/01-eng.htm

6. Brennan, S. et A. Taylor-Butts. « Sexual assault in Canada 2004 and 2007 », Canadian Centre for Justice Statistics Profile Series, no 19 (2008), p. 1–20. Consulté sur : http://nipawinoasis.com/documents/sexual%20assault.pdf

7. Keighley, K. « Police-reported crime statistics in Canada, 2016 », Juristat (2017). Statistics Canada Catalogue no. 85-002-X.

8. Europol. Exploiting isolation: Offenders and victims of online child sexual abuse during the COVID-19 pandemic (2020). Consulté sur : www.europol.europa.eu/publications-documents/exploiting-isolation-offenders-and-victims-of-online-child-sexual-abuse-during-covid-19-pandemic

9. Hanson, R.K. et K.E. Morton-Bourgon. « The characteristics of persistent sexual offenders: A meta-analysis of recidivism studies », Journal of Consulting and Clinical Psychology, vol. 73, no 6 (2005), p. 1154-1163. doi:

10.1037/0022-006X.73.6.1154 10. Hanson, R.K., A.J.R. Harris, E. Letourneau, L.M. Helmus et D. Thornton. « Reductions in risk based on time offense-free in the community: Once a sexual offender, not always a sexual offender », Psychology, Public Policy, and Law, vol24, no 1 (2018), p. 48–63. https://doi.org/10.1037/law0000135

11. Hanson, R.K., G. Bourgon, L. Helmus et S. Hodgson. « The principles of effective correctional treatment also apply to sexual offenders: A meta-analysis », Criminal Justice and Behavior, vol. 36, no9 (2009), p. 965-891. https://doi.org/10.1177/0093854809338545

12. Seto, M.C. Pedophilia and sexual offending against children: Theory, assessment, and Intervention, deuxième édition. Washington, DC, American Psychological Association, 2018.

13. Cantor, J.M. et I.V. McPhail. « Non-offending Pedophiles », Current Sexual Health Reports, vol. 8, no 3 (2016), p. 121–128. doi:10.1007/s11930-016-0076-z

14. Jahnke, S., A.F. Schmidt, M. Geradt et J. Hoyer. « Stigma-related stress and its correlates among men with pedophilic sexual interests », Archives of Sexual Behavior, vol. 44, no 8 (2015), p. 2173–2187. https://doi.org/10.1007/s10508-015-0503-7

15. Abracen, J., J. Looman et M. Ferguson. « Substance abuse among sexual offenders: Review of research and clinical implications », Journal of Sexual Aggression, vol. 23, no 7 (2017), p. 235-250. https://doi.org/10.1080/13552600.2017.1334967

16. Mann, R.E., R.K. Hanson et D. Thornton. « Assessing risk for sexual recidivism: Some proposals on the nature of psychologically meaningful risk factors », Sexual Abuse, vol. 22, no 2 (2010), p. 191–217. https://doi.org/10.1177/1079063210366039